Un Chief Data Officer, mais pour quoi faire ?

La nomination, le 16 septembre dernier, d’Henri Verdier comme « Administrateur général des données » de l’Etat, a mis le poste de Chief Data Officer (en version anglaise) sous le feu des projecteurs. Henri Verdier a pour responsabilité la bonne connaissance, diffusion et exploitation des données produites par l’Etat. Ses « pleins pouvoirs » sur le sujet lui permettront d’accéder à toutes les informations afin de proposer des évolutions (législatives s’il faut) pour en améliorer la qualité, la cohérence et l’accessibilité : quelles bases sont accessibles à l’extérieur et par qui ?

Petit aparté pour ceux qui peuvent penser (et c’est bien naturel) qu’on ne parle là que de quelques fichiers INSEE : en fait pas du tout, la quantité et variété des données publiques accessibles (open data) sont gigantesques. A titre d’exemples on peut citer le référencement de tous les professionnels de santé (dont les tarifs) accessible sur Ameli.fr, ou encore les informations des cartes grises issues de la préfecture centralisées dans la base AAA (caractéristiques d’un véhicule via l’immatriculation), ou enfin les informations géographiques administratives (cartes et cadastres). Bien gérer les données publiques est donc un point majeur pour l’Etat, point structurant pour les nombreuses entreprises qui les utilisent – dans les exemples cités je pense aux assurances santé (base médecins), aux réparateurs automobiles (bases véhicules) ou agents immobiliers (cadastres).

Ainsi l’Etat a jugé nécessaire la création d’un tel poste, grande première en Europe. Les spécialistes ont unanimement salué cette décision qui, a minima, illustre une prise de conscience de l’importance du sujet.

Cette tendance à vouloir mieux maîtriser et surtout mieux utiliser les données est arrivée du secteur privé avec l’avènement du Big Data. L’augmentation exponentielle du volume d’informations, la grande variété maintenant disponible et les nouveaux usages qu’on peut en faire (cf les précédents articles) poussent chacun à « optimiser la valeur » tirée des données. Les sources pouvant être internes (fichiers clients par exemple) ou externes (issues du web par exemple).

Un Chief Data Officer pour « gouverner » la donnée

Les entreprises ayant récemment enclenché des démarches autour d’une utilisation plus efficace de leurs données (Big Data ou non) constatent toutes que le sujet ne concerne plus une seule direction (Systèmes d’Information, Marketing, Business Intelligence etc…) mais bien à toute l’entreprise.

Par ailleurs ces nouveaux sujets confirment aussi que la maîtrise de la donnée est essentielle : comment est-elle produite ? Quelles règles de gestion ? Quelle qualité ? Quelle fraîcheur ? Qui peut y accéder et comment ? Quelle bonne utilisation en faire ? Autant de questions qui ne méritent pas juste d’être posées mais bien résolues de manière pérenne. Je veux dire par là, par exemple concernant la fiabilité, qu’il ne s’agit pas de simplement vérifier 1 fois que tout est bon mais bien de mettre en place un système continu du pilotage de la qualité.

La donnée devient donc un actif (qui a une valeur) transverse avec la nécessité d’en assurer la bonne maîtrise et exploitation dans le temps. Assez naturellement se pose alors la question « mais qui est responsable de la bonne maîtrise et exploitation de cet actif transverse ? ». Dans la plupart des structures classiques la réponse serait, aujourd’hui, « un peu tout le monde et surtout personne ». Bien sûr certains produisent la donnée (notamment les équipes SI), d’autres l’utilisent (par exemple les analystes ou les statisticiens) mais personne n’est responsable de bout en bout pour toute l’entreprise.

De là est née la fonction de Chief Data Officer, on dit qu’il « gouverne » ou « manage » la donnée. Son rôle est d’organiser la mise à disposition et la bonne exploitation de données riches et fiables (internes et externes) ; ceci dans une optique de création de valeur pour l’entreprise.

CDO

Un profil très complet difficile à trouver

Les exemples de nomination de Chief Data Officer se multiplient en Europe (Orange, AXA, BNP etc…) alors que la pratique est déjà bien instaurée aux US, Gartner prévoit même que 25% des grandes organisations auront un CDO dès 2015 (article Gartner).

Pour autant ce type de postes reste encore assez exceptionnel en France (85% des CDO sont aux US ou au UK), le profil du CDO n’est donc pas encore formaté et dépend bien sûr des attentes des organisations.

Voici les tendances qui se dégagent du profil type :

  • Une expérience solide et une légitimité qui lui permettent de siéger au comité de direction : la donnée est stratégique et transverse, cela étant difficilement conciliable avec un rattachement à une direction existante
  • Une triple compétence : business (vision stratégique), data (angle Systèmes d’Information) et analytique

Les « nouveaux » CDO viennent donc généralement soit de la DSI (Systèmes d’Information) soit du monde de l’analyse (marketing quantitatif, statisticiens, analystes financiers etc…). A noter qu’en 2013 dans le monde 26% des CDO étaient des femmes, soit 2 fois plus que parmi les CIO (i.e. Directeur Systèmes d’Information) ; c’est donc dramatiquement bas mais quand même un peu moins pire…

Ceci est bien sûr une tentative d’ébauche de portrait, le sujet étant nouveau le profil type évoluera très probablement dans les années à venir.

multitasking

Le Chief Data Officer n’est pas un magicien, en tout cas pas tout seul…

Pour remplir ses missions un Chief Data Officer doit aller au-delà de la simple vision stratégique et opérer de manière très concrète sur l’enrichissement, la qualité, l’accessibilité et l’exploitation de la donnée.

Ce n’est bien sûr pas lui-même qui réalisera des extractions, du nettoyage, la rédaction d’un catalogue des bases ou encore des modèles statistiques innovants. Il s’appuiera pour cela sur des ressources internes qui, toujours pour des raisons de transversalité, peuvent difficilement appartenir à une direction qui n’est pas dédiée au sujet data. Ces ressources sont en fait constituées de « Data Scientist », terme aussi très à la mode suscitant fantasmes et nouvelles vocations.

Les Data Scientist sont le bras armé du Chief Data Officer ; en synthèse il s’agit idéalement d’experts en statistique et informatique (base de données) avec une excellente capacité à comprendre et traduire les besoins des utilisateurs des données (marketing, analystes business etc…).

En théorie les Data Scientist passent :

  • Un quart de leur temps avec les fonctions « métiers »: comprendre leurs besoins et leur apporter des réponses sous forme de données et analyses
  • La moitié de leur temps à extraire et préparer des données
  • Un quart de leur temps à analyser les data et développer des modèles statistiques

En pratique, à court terme, cela reste à prouver car oui ces profils existent s’avèrent d’une grande valeur (ex ingénieurs informatique ou statisticiens reconvertis via des Master ou des passages en Cabinets de Conseil) MAIS nous n’en sommes qu’aux balbutiements, il faudra vraiment confronter cela à la réalité.

 

En conclusion il apparait que la prise en compte croissante du Big Data dans les organisations les pousse à se poser des questions organisationnelles sur la « gouvernance de la donnée ». La mise en place d’un Chief Data Officer armé d’une équipe de Data Scientist semble la réponse théorique couramment envisagée même si concrètement très peu d’entreprises françaises ont encore sauté le pas. Le manque de recul me fait rester prudent sur l’efficacité garantie de ce type de structure ; j’y crois toutefois assez fort car les exemples venant, encore une fois, des Etats Unis sont assez concluants (les postes de CDO et Data Scientist connaissent l’explosion attendue).

Quoi qu’il en soit à très court terme les entreprises françaises vont être confrontées à un double défi : mettre en place une gouvernance de la donnée (CDO ou non) tout en faisant face à une pénurie de compétences sur ces métiers (les formations en Data Science commencent à peine à émerger : les quelques « anciennes » type Master Telecom Paris datent de 2012-2013).

Bref, à suivre dans les mois et années qui viennent…

 

Quelques liens intéressants: le CDO France, l’article des Echos sur le CDO France, un site dédié au nouveau métier CDO, la vision IBM du CDO, le dossier très complet de Cap Gemini sur le sujet, article de Uman Partners sur CDO

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s