Big Data, le top 3 des idées reçues

Comme toute évolution le Big Data est source de fantasmes, fantasmes parfois positifs mais la plupart du temps très négatifs; je parle ici des peurs ou du mépris liés à l’incompréhension du phénomène.

Si, bien sûr, les craintes générées par ce Big Data « tout puissant » sont probablement exagérées on ne peut toutefois pas dire qu’elles sont toutes sans fondement, ca serait beaucoup trop simple et totalement utopiste. Voici les 3  idées reçues les plus fréquemment rencontrées, à tort ou à raison…

Le Big Data c’est une mode

Elus buzzword (mot qu’on utilise sans savoir ce qu’il signifie vraiment) de l’année 2013 dans la catégorie Nouvelles Technologies, les termes « Big Data » sont évidemment très à la mode. De nombreuses initiatives et services autour de ces solutions existent, c’est d’ailleurs tout l’objet de ce blog (ressources humaines, sport, cuisine, relation client, cinéma etc…), la question est donc de savoir si cet engouement va durer et si dans quelques années le Big Data sera toujours d’actualité ou bien s’il sera déjà oublié.

Sans vouloir être catégorique je pense sincèrement qu’on parle ici d’un phénomène profond qui va bien au-delà de l’effet mode. Oui les fournisseurs de logiciels (IBM ou SAP) ainsi que les cabinets de conseil (EY, Cap Gemini etc…) font du Big Data une nouveauté « fer de lance » pour vendre leurs services, mais 3 points tendent à montrer le vrai intérêt du sujet:

  • cette « mode » date de 2010 aux Etats Unis et s’amplifie d’année en année (le nombre de postes de Chief Data Officer a doublé entre 2012 et 2013 – cf Gartner)
  • en France, une étude à paraître précise que si la part des grosses organisations qui ont un projet concret de Big Data est inférieure à 1/3 on constate toutefois que plus de la moitié pensent se lancer dans ce type de démarche, de nets progrès sont attendus pour l’année prochaine
  • les projets Big Data sont beaucoup moins coûteux que les projets classiques de base de données (au moins 4 fois moins), beaucoup plus rapides à implémenter (au moins 4 fois plus) et surtout ouverts pour les futures évolutions (ceux qui ont travaillé sur des projets CRM décisionnel savent qu’habituellement cela engage sur au moins 5 à 10 ans!)

Bref, la tendance venue des US ainsi que la nature même du Big Data (moins cher, rapide et évolutif) me laisse penser que le Big Data sera une norme, pas une mode. Je tiens toutefois à préciser que les technologies Big Data (notamment Hadoop) ne sont pas complétement matures (encore quelques soucis à corriger) donc le marché pourrait évoluer dans les années à venir; le concept va s’ancrer dans les moeurs mais rien ne garantit que les outils seront les mêmes qu’aujourd’hui.

Le Big Data c’est Big Brother

BDBB

Cette idée reçue est la plus régulièrement évoquée quand on parle de Big Data. Il est clair que la digitalisation de nos modes de vie génère des informations sur tous nos actes: achats, communications, déplacements, navigation web, réseaux sociaux, bracelet connectés, soins etc… Quasiment toutes nos activités laissent une trace quelque part qui est, la plupart du temps, reliable à notre identité. Donc oui le digital peut laisser penser à un système qui surveille tous nos faits et gestes. Par ailleurs le Big Data permet maintenant de tout stocker et de tout analyser alors évidemment que le Big Data c’est Big Brother.

La vraie question est double : « jusqu’où exactement cela peut aller? » et « est-ce un problème? ».

En théorie la législation (notamment en France avec la CNIL) est claire: chaque collecte de données doit faire l’objet d’une autorisation de la part de l’utilisateur et on doit lui expliquer à quoi cela va servir. En pratique tout le monde accepte les conditions générales de Facebook sans les lire… Serions-nous alors condamnés à être trackés et « vendus » sans avoir notre mot à dire? Aujourd’hui je pense qu’il faut séparer 2 aspects de notre vie numérique pour répondre à la première « vraie » question ci-dessus (« jusqu’où exactement cela peut aller? »):

  • parmi les usages nativement numériques (internet, réseaux sociaux, mails, télécommunications, e-commerce etc…) il n’y aura un jour quasiment pas de limite à la collecte des données et leur utilisation. Le seul moyen de maîtriser ceci pour un utilisateur sera d’être préparé et éduqué : un profil public sur un réseau social est accessible à tous, notamment un employeur potentiel donc attention à bien gérer soit le contenu soit les accès
  • parmi les usages qui ne sont pas nativement numériques la législation va être plus stricte et devrait mieux nous protéger: votre dossier médical est secret et ne pourra pas être vendu à une assurance maladie, de même personne ne pourra vous obliger à dire dans quel parc vous aimez emmener vos enfants jouer. Ces usages de la vie quotidienne seront probablement étudiés par d’autres biais (géolocalisation du mobile, dépenses en pharmacie etc…) mais cela sera plus long, plus complexe et moins précis

Quant à la question « est-ce un problème? » je ne peux pas répondre, cela dépend en fait de chacun. Ce qui est certain c’est que la tolérance est beaucoup plus grande pour les usages digitaux (plus personne ne s’offusque des publicités ciblées sur internet qui prennent en compte vos dernières visites) alors que pour les usages non digitaux la tolérance des utilisateurs restent à prouver; on peut par exemple citer les offres « pay how you drive » des assureurs américains qui existent depuis plusieurs années mais qui ne sont pas (encore?) un franc succès (vous payez en fonction de votre conduite telle qu’analysée par un boîtier connecté dans vote véhicule).

Le Big Data c’est utiliser les données des réseaux sociaux

J’ai gardé cet a priori fréquent pour la fin car la réponse est simple: non, non et non, le Big Data ne concerne pas que des données des réseaux sociaux (ni du web de manière plus générale).

En fait il faut se rappeler que le Big Data c’est la capacité à stocker, préparer et exploiter des données de masse, par masse on entend « trop volumineuses pour les outils qu’on avait avant ». L’application du Big Data sur des données internes aux entreprises est donc très souvent une des premières utilisations. L’article sur Metlife illustre bien ce propos: cet assureur américain avait trop de données (et trop éparpillées) pour avoir 1 fiche client unique regroupant toutes les informations utiles (les informations personnelles, les derniers contacts etc…), les conseillers clients perdaient donc du temps en cherchant sur différents outils ce dont ils avaient besoin. Le Big Data a ainsi permis, en quelques mois, de regrouper toutes les données dans un « lac » puis sur une fiche « 360° » pour gagner en efficacité et satisfaction client.

Un autre exemple est celui de la (récente) société Captain Dash qui propose aux entreprises des tableaux de bord visuels et ergonomiques pour mieux piloter leur activité; ceci grâce au Big Data. Captain Dash accéde aux données de son client, les injecte dans un « Lac » puis construit des reporting à partir de ce Lac. Ceci est simple à mettre en oeuvre et performant niveau informatique grâce aux nouvelles approches Big Data.

Bien entendu les données externes (notamment du web) pourront apporter des informations peut être utiles aux entreprises mais le Big Data n’est pas du tout limité à cela!

 

En conclusion les idées reçues sur le Big Data sont bien naturelles mais pas toutes justifiées. Les idées « C’est une mode » et « C’est les réseaux sociaux » sont fausses, peu de chance de se tromper de ce côté-là. Par contre l’aspect Big Brother ne peut clairement pas être simplement balayé, il y a là un vrai risque et beaucoup d’incertitudes pour l’avenir; il vaut alors peut être mieux accompagner ce développement (notamment avec un cadre légal) que tenter de le bloquer au risque d’être finalement complétement débordé.

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2 commentaires sur “Big Data, le top 3 des idées reçues

  1. Bonjour, l’argument du coût m’interpelle… Les solutions de traitement « big data » remplacent-elles les solutions CRM ? Pouvez-vous être un peu plus précis ? Merci. Christophe (et bravo pour votre blog)

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    • Bonjour,
      merci beaucoup pour votre commentaire et question qui est l’objet de nombreuses discussions (surtout au sein des DSI). Personnellement, et ça n’engage que moi, je pense que les solutions Big Data permettent de couvrir les besoins d’un CRM (client ou analytique) et les coûts de « run » sont moins élevés donc OUI elles feront office de CRM à l’avenir (la plupart des fournisseurs CRM intègre du Big Data dans leurs nouvelles offres). Par contre les coûts (€ et ressources) d’implémentation de solutions type CRM sur les technologies Big Data sont importants, pas forcément en matériel mais en ressources pour réécrire toutes les règles métiers, développer les interfaces et tester le tout; par ailleurs les solutions Big Data ne sont pas encore totalement matures donc quand un CRM fonctionne bien la plupart des entreprises vont trouver dangereux de tout casser et réinvestir du temps alors qu’ils sont satisfaits de l’existant. En bref je pense que l’avenir du CRM réside dans les solutions Big Data mais la transition ne sera pas si immédiate… J’espère que c’est à peu près clair. Très bonne soirée.

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