Le Big Data au service de la lutte contre la criminalité

Les exemples d’utilisation du Big Data ne manquent pas et les secteurs impactés sont trés nombreux. La sécurité en fait partie, il s’agit d’un exemple très intéressant car il le Big Data y fait ses preuves depuis quelques années aux Etats Unis alors que la France n’en est encore qu’aux balbutiements.

 

Les grandes villes nord-américaines (Etats Unis et Canada) déploient progressivement (depuis 2010 environ) des solutions technologiques leur permettant 3 types d’usage.

  1. Anticiper les crimes prémédités (typiquement les cambriolages, vol de voitures, braquages etc):
    • en prenant en compte l’historique des crimes (série de cambriolage en cours dans tel quartier tous les mardis après-midi)
    • mais en y intégrant aussi des informations diverses (circulation, évènements, heures de fermeture/ouverture des magasins etc…)
    • les forces de police obtiennent ainsi des cartes avec les secteurs et heures probables des crimes potentiels, les patrouilles et surveillances sont ensuite organisées de manière efficace

    L’outil Predpol (http://www.predpol.com/) a été conçu autour d’un algorithme de prévision des crimes, il fait ses preuves depuis 3 ans: en 2012 les zones Predpol ont connu une baisse de criminalité supérieure à 10% quand le reste des Etats-Unis a connu une très légère hausse. IBM propose aussi ce type de service, voici un bel exemple avec la police de Memphis: http://www.ibm.com/smarterplanet/us/en/leadership/memphispd/.

    Exemple de la restitution Predpol pour les violences à mains armées:

    predpol

  2. Fournir en temps réel les informations pertinentes aux équipes sur le terrain:
    • sur des smartphones ou PDA
    • les agents de Police peuvent consulter en temps réel (quasi), sur des cartes, les informations sur la criminalité, et peuvent en partager certaines avec des civils pour appels à témoignage

    Ces données ne sont pas prédictives mais sont très utiles pour organiser une patrouille « classique » et le travail quotidien d’agents sur un secteur précis. Voici un exemple avec la police de Vacouver en train de déployer un tel outil: http://people4smartercities.com/video/vancouver-police-department-uses-big-data-analytics-fight-crime-4-videos

  3. Nouveau: aider à la résolution des enquêtes
    • A partir de toutes les données de l’enquête (vidéos, témoignages, lieu, heure, type de crime etc…)
    • En croisant avec les bases de données criminelles existantes (sur les criminels mais aussi et surtout les « MO » = Motus Operandi ou Mode Opératoire)
    • Le logiciel calcule et propose une liste de suspects potentiels
    • Les enquêteurs utilisent ensuite cette liste pour enrichir leur enquête et peuvent cibler les interrogatoires à mener ou bien les photos à montrer

IBM à développer pour Miami-Dade le logiciel Blue PALMS: http://www.ibm.com/smarterplanet/global/files/us__en_us__leadership__miami_dade.pdf, se confrontant évidemment au septicisme (voir plus) des enquêteurs locaux. Les résultats ont cependant prouvé que Blue Palms était pertinent et représentait une véritable aide aux enquêteurs. Les exemples de réussites ont été nombreux (IBM explique même que sur les 40 cas testés a posteriori le logiciel avait le bon suspect dans sa short list 73% du temps).

 

Ces exemples aux Etats-Unis et Canada posent quand même 2 questions.

La première est « pourquoi si des solutions tellement efficaces existent la France (et l’Europe plus généralement) ne les utilisent pas« ? La réponse est en fait très simple: les Etats-Unis sont globalement très avance sur le domaine du Big Data dans tous les secteurs (santé, distribution, banques, assurances etc…), la sécurité n’est pas différente du reste. A noter aussi que des réflexions sont en cours du côté du ministère de l’intérieur, la France en est au stade des expérimentations (Paris Lille Lyon Marseille) et des appels d’offres: http://journaleuse.com/2014/07/09/big-data-interieur-defense/.

La seconde est plus philosophique concernant le prédictif : « où se situe la frontière entre ce qui est éthiquement acceptable et ce qui ne l’est plus? » En effet si le logiciel Blue PALMS indique qu’une personne est suspecte sans raison apparente est-ce correct de l’ajouter à la liste? Prévoir les crimes ne vont-ils pas juste les déplacer sur des zones moins étudiées car moins riches? etc… Il est évidemment impossible de répondre facilement à de telles questions, il est plus simple de botter en touche: pour l’instant ces outils aident la Police a être plus efficace, rien de plus, ce qui est déjà un beau progrès en soi…

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